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Documentaire : LA SOCIALE : « La santé doit rester une valeur et non une production"

Un film de Gilles Perret

Publié par Thiébaut Jourdain

Le lundi 9 novembre 2020

Un documentaire à voir d’urgence. D’abord parce qu’il rétablit la vérité sur les fondements de la Sécurité Sociale, ainsi que le nom de son principal initiateur, Ambroise Croizat, l’unique ministre du Travail à avoir été ouvrier... (et qui était secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT). Ensuite parce qu’il dénonce la stratégie de démantèlement de ce système de protection. Enfin, parce que la Covid nous montre à quel point il est indispensable de protéger et reconstruire le système de santé public.

LA SOCIALE : affiche du film

Bande annonce

La Sociale - Bande annonce from FILM-DOCUMENTAIRE.FR on Vimeo.

Voici quelques extraits de l’interview de Gilles Perret :

Non, mais le trou de la Sécu, on l’a comblé pendant très longtemps

Non, mais le trou de la Sécu, on l’a comblé pendant très longtemps : il existe depuis les années 50. C’est tout simplement parce que la Sécu n’a jamais été imaginée pour être bénéficiaire. Chaque fois qu’il y avait de nouveaux besoins, on a augmenté les cotisations. Il est sûr que les gens vieillissent plus et que la santé coûte plus cher, mais en même temps on génère plus de richesses dans le pays. Il faut ensuite décider si l’on veut continuer de cotiser et de collectiviser, ou si l’on préfère que chacun se débrouille de son côté, même si l’on sait que cela va coûter plus cher et que ce sera moins égalitaire.

On a les moyens de combler ce trou : c’est une question de choix politique

On a les moyens de combler ce trou, puisqu’il est de 15 milliards, alors qu’on exonère les entreprises de cotisations patronales à hauteur de 40 milliards d’euros : c’est une question de choix politique. Ce trou arrange tout le monde : plus on en parle, plus on sous-entend que la Sécu ne marche pas bien, alors qu’elle marche très bien. Juste un exemple :

le coût de fonctionnement de la Sécu représente 6% de son budget : ce n’est rien du tout lorsqu’on considère que le coût de fonctionnement des complémentaires privées et des mutuelles représente 25% de leur budget.

Cela signifie que si nous basculions dans un système de complémentaires, comme aux Etats-Unis par exemple, cela nous coûterait de toute façon quatre fois plus cher.De plus, ce serait plus inégalitaire car pour l’instant, chacun cotise selon ses moyens. Dans un système privé, chacun prendrait la mutuelle qu’il peut, pour un accès aux soins très varié. Juste un chiffre : la France dépense 12% de son PIB pour se soigner, alors que les Etats-Unis dépensent 18% pour des conséquences sanitaires désastreuses.

Normalement, il suffirait de citer ces chiffres-là pour défendre l’institution, mais l’image du trou de la Sécu, et des fonctionnaires qui sont inefficaces a tellement d’impact aujourd’hui qu’on n’est pas cru lorsqu’on les cite.

La conclusion du film est qu’un système où tout le monde participe et cotise est plus juste et marche mieux lorsqu’il n’y a pas d’intermédiaire. Le budget total de la Sécu, c’est 630 milliards d’euros par an, qui sont directement reversés et échappent complètement à la loi du marché : il n’y a pas de ponction, sauf pour les il n’y a pas de ponction, sauf pour les
6% de fonctionnement.

La loi sur la tarification à l’acte : ce qui est rentable, les cliniques s’en chargent, mais les maladies infectieuses, chroniques, ou à l’issue aléatoire sont pour l’hôpital public

On voit aujourd’hui une inflexion vers le privé, surtout depuis la loi sur la tarification à l’acte qui permet de morceler un soin global en plusieurs actes : ce qui est rentable, les cliniques s’en chargent, mais les maladies infectieuses, chroniques, ou à l’issue aléatoire sont pour l’hôpital public.

Cela est passé dans les mœurs, puisque même des députés socialistes défendent ces idée-là.